29 de noviembre de 2013

Réflexions sur Amsterdam: entreprenauriat social vs pratiques alternatives




Le dernier meeting de notre Partenariat Leonardo Local Squares eut lieu à Amsterdam fin Septembre. Pour cette occasion, le hôte local Elos Nederland nous avait preparé une série de visites parmi des projets intégrés dans leur quartier via l'implication d'entrepreneurs sociaux. On a été évidemment à vélo, façon hollandaise!

Entrepreneurs sociaux? première fois qu'on en voit autant de ces auteurs de l'économie solidaire, à travers de visites de Local Squares.

De ce qu'on nous a dit, depuis une dizaine d'années on observe à Amsterdam un double phénomène d'exode urbain des familles vers la périphérie et de réduction du taux de naissances par famille qui a laissé des écoles et d'autres équipements vides au milieu des quartiers encore densément peuplés. Ces espaces encore bien conservés ont suscité l'intérêt des voisins proches qui les ont sollicité à l'administration communale comme lieux de socialisation locaux. 
Ces équipement ont été donc "activés" grâce à l'initiative des citoyens (entrepreneurs sociaux) mais avec le soutien financier et d'organisation de la part de la commune.

Ce soutien dure environ 2 ans, pendant lesquels les habitants-activateurs doivent apprendre à être autonomes pour quand le "community organizer" part (figure bien répandue dans le monde anglo-saxon) et le financement s'arrête ou diminue en grand partie. Les bâtiments ainsi occupés deviennent des centres qui regroupent des locaux d'échange de savoirs-faire, soutien scolaire, cours de langue/sports/nouveaux métiers, ateliers de réparation, potager...

Les citoyens qui forment partie de ces projets et qui les animent régulièrement sur un régime de volontariat se sentent "capacités" (traduction de "empowered" très utilisée aujourd'hui dans le monde francophone, malgré qu'elle n'est pas assez complète). Bien que ce terme commence à s'utiliser profusément aujourd'hui en milieu francophone et espagnol, il vient du monde anglo-saxon, et ses interprétations sont pas toujours les mêmes.

Pour l'instant cette thématique est encore à développer dans ma thèse, mais mon hypothèse est que le monde anglo-saxon et le francophone s'alimentent de théories différentes mais semblables (entre autres, Harvey, Jacobs pour l'un et Lefebvre pour l'autre) et que par contre les productions du discours et les résultats physiques (projets réalisés sur un espace urbain donné) ne sont pas forcément les mêmes et/ou transposables d'un monde à l'autre. Si les anglo-saxons parlent de Community organizers, Social entrepreneurs et Placemaking, les francophones de Programmes de Participation citoyenne dans les discours politiques, Stratégies culturelles, et gouvernance. En tout cas à Amsterdam le discours semblait être plus anglo-saxon. À creuser...

Notre partenaire Local Squares Hollandais Elos Netherland utilise la méthode du jeu Oasis pour faciliter le contact entre les gens et animer les processus de participation citoyenne. Cette méthode née au Brésil dans les années 90 à partir d'un groupe d'étudiants d'architecture "Warriors without weapons" est en train de se répandre en Europe chez des autres professionnels grâce à des programmes de formation dont notamment Elos a fait partie il y a 4 ans.

Le jeu se développe en deux fois trois jours, et les étapes du jeu sont:
- The appreciative gaze (chercher les qualités du lieu)
- Affection (chercher les qualités des gens: qui sait construire)
- Dream (créer le "buzz" de quelque chose qui va se passer, rêver)
- Care (faire des "world café", des maquettes, des débats...)
- The Miracle (finalisation de l'œuvre)

- Celebration (fête au deuxième weekend)
- Re-evolution (pour finaliser les projets qui n'avaient pas été retenus au premier tour de l'étape "care")

Il me semble que leur discours fait appel à des référents à la fois très communautaires et du marketing avec des expressions comme "holding the Community flow", "we can make the dream", "start the buzz", avec un enthousiasme potentiellement contagieux. Les "facilitateurs" du jeu, dans ce cas Elos, sont là pour prendre le "flow" et le maintenir, accompagner et surmonter les difficultés, avec un langage positivant qui rappelle les évangélistes. 
Dans tout ça, je m'interroge sur la pertinence d'un projet réfléchi et réalisé en à peu près une semaine, qui n'a pas de prétention d'inclure un groupe de personnes qui soit représentatif des habitants et usagers du lieu.
Peuvent les gens qui participent au Oasis game exprimer les désirs de ce qui n'ont pas été inclus pour un même quartier? À ce sujet, on nous a répondu que les gens qui participent étaient des semi-professionnels, des gens déjà "capacités"...ce qui nous laisse comprendre qu'ils ne peuvent pas s'exprimer pour compte des plus faibles.

Je m'interroge aussi sur le devenir de ce projet une fois que les "joueurs" sont partis (un cas qui revient souvent lors qu'un groupe d'architectes et/ou artistes "activent" un quartier et puis ils partent sans laisser un plan pour la suite...). Cette question est celle qui m'a lancé dans la thèse: comment arriver à inscrire ces actions urbaines, ces "activations" de lieux dans le long terme et arriver à obtenir un certain droit à la ville pour ceux qui le réclament par le biais d'acteurs culturels qui prennent la relais du projet.

19 de noviembre de 2013

Europe Refresh: projets participatifs pour un quotidien plus heureux, Bruxelles

Vendredi passé je suis allée aux Halles de Schaerbeek pour la présentation des projets sélectionnés suite à l'appel à projets Europe Refresh pour lancer une "révolution citoyenne créative". Cette initiative des Halles visait trouver des projets qui (je cite): "contribueront à construire une société plus inventive, plus ouverte et plus épanouie, ainsi qu’à une économie plus juste, plus durable et plus démocratique" et les faire financer via une plateforme de crowdfunding, la Kisskissbankbank

Évidemment séduite par la volonté "d'inventer un quotidien plus heureux" je me suis lancée candidate pour renouveler l'interface, le look si vous voulez, de ce blog espace-approprié depuis lequel je m'exprime. Effectivement, ayant fait le constat que beaucoup d'entre vous l'utilisez comme boîte à informations et source de références, je souhaitais faciliter la tâche de recherche et lui donner un aspect plus lisible par thématiques. N'ayant pas été sélectionnée dans l'appel à projet, je ne démords pas: je le ferai quand même! (vous verrez dès que possible les résultats...).
                                                   photo par les Halles de Schaerbeek

Parmi les projets choisis, on trouve une grande diversité de thèmes qui vont depuis l'alimentation avec une micro-boulangerie et une micro-brasserie, le design, l'écologie avec une ferme africaine en Belgique (réduction/suppression du transport de légumes exotiques!) la valorisation de déchets organiques en énergie et engrais et une serre dans un toit, l'éducation et journalisme avec des films sur le regard des enfants ou des journaux artistiques, jusqu'aux festivals-spectacles. Beaucoup de projets touchent des thèmes socio-culturaux, d'un savoir-faire à retrouver ou réinventer. Pas mal tournent autour de l'espace urbain proche, bien qu'il y en a qui proposent de voyager ou se balader pour nous ramener des histoires qui nous paraissent lointaines.

                                   
Parmi les découvertes, j'ai trouvé grâce à la sélection des Halles, or j'enseigne à l'ARBA-ESA depuis 3 ans (en Design Urbain mais pas en Art dans l'Espace Public), un groupe d'ex étudiants de cette école nommé KraK qui a soumis un projet pour le placement de Dead Drops dans l'espace public. Je connaissais le concept, mais pas le nom! Il s'agit de placer des USB avec des fichiers souvent subversifs (des photos/vidéos/textes avec un message controversé) dans des fentes existantes de murs urbains pour que les passants puissent les prendre et partager. Dans le projet du Krak, leur message vise remplir les fentes du quartier européen avec des documents de l'ASBL Corporate europe observatoire qui "publia  les stratégies des lobbyistes (...) explicitant clairement les agissements calculateurs et le « martelage » du pot -de-vin".

                                            photo par les Halles de Schaerbeek 

Le projet des nouveaux explorateurs urbains vise à retrouver l'image de la ville de Verviers au travers du regard confronté d'une ASBL de femmes migrantes et d'un groupe de jeunes pour échapper à "une vision formatée et touristique de la ville". Le résultat de cette confrontation sera exposé sous format photo-affiches dans Verviers qui intégreront des codes QR chargés d'information sur le projet et les auteurs pour susciter le débat auprès de passants, telle une galerie d'art à ciel ouvert. 

Je termine avec deux journaux de quartier, avec des thématiques bien différentes, mais intéressantes toutes les deux! L'un est Dewey, proposé par le bloggeur d'I love Meiser (eh uh... j'aurai dû en parler avant, c'est un blog qui vise activer une zone principalement résidentielle de Schaerbeek où il y a pourtant des citoyens bien engagés pour animer le quartier!). Ce projet Dewey encourage les citoyens à "participer eux-mêmes à l’information et à la vie citoyenne de leur commune" au travers d’une carte interactive et d'une édition papier trimestrielle.
L'autre journal est le Journal intime de quartier qui veut "donner la parole aux femmes d'un quartier multiculturel de Bruxelles" moyennant des images, des collages, et écrits réalisés lors des ateliers qui accueilleront des femmes des quartiers de Schaerbeek, Saint-Josse-ten-Noode, et Bruxelles (dans un périmètre dessiné autour du métro Rogier et la Gare du Nord) et des prostituées via l'ASBL Entre 2, favorisant l’échange et la confrontation de points de vue.

Bien évidemment, je vous encourage à les aider moyennant des petites/grandes/comme-vous-voulez à verser à travers de la plateforme Kisskissbankbank selon celles qui vous parlent le plus, ou qui vous suscitent curiosité car opposées à vos idées préconçues! (n'ayez pas peur de tenter l'inconnu...).

Pour info: il suffit d'aller à la description du projet sur le site des Halles et puis dans la colonne à droite du projet vous trouvez une gommette rouge "soutenir ce projet" à cliquer également, pour arriver au site de crowdfounding.

18 de septiembre de 2013

Réflexions sur Vienne

La semaine prochaine espace approprié sera au meeting Local Squares à Amsterdam, donc une peu de réflexion sur le dernier à Vienne ne serait pas mal. Ce meeting de Vienne a été très différent de celui précédent à Madrid. Pas seulement grâce à un emploi du temps moins chargé, avec des moments de réflexion interne sur le chemin que le groupe est en train d'entreprendre, mais principalement parce qu'on a réalisé qu'à Vienne on était dans un contexte social bien différent de Madrid.

Le cas de Madrid avait été présenté par les hôtes (et moi comme soutien) comme une ville avec beaucoup de problèmes autour de la crise économique (bien avant celle de 2008): construction de quartiers-dortoir sans équipement ou espaces publics, manque de financements publics pour la création ou l'amélioration d'espaces publics existants et malgré tout une réponse sociale volontariste et créative pour faire face à tout ça. La perception des partenaires de Local Squares était assez en accord avec la vision présentée, ajoutant seulement leur étonnement par la présence fréquente de la Police dans l'espace public et par le constat qu'il y a plus de espace "public" dans les espaces privés tels que El Campo de Cebada (terrain vague cloisonné mais avec accès régulier pour d'activités communautaires) que dans des espaces publics ouverts tels que des places. 
                                         Jutta Kleedorfer explique son travail

À l'opposé de ce cas, Vienne nous avait été présenté comme une ville où les derniers 20 ans l'administration a dû faire face à un manque d'espaces pour enfants de tous les âges à travers de l'agence Einfach-Mehrfach. Cette agence avait commencé par une femme qui agissait seule, Jutta Kleedorfer, et qui a finalement intégré un service spécialement crée dans l'administration publique, où elle avait une plus grande accessibilité aux fonds publics. Rien que ça c'est un bon exemple de différence entre le cas de Madrid et de Vienne: il n'y a pas de demandes sociales très importantes (et on ne parle pas de crise dans ce contexte), et quand il y en a, elles trouvent rapidement leur réponse via un programme social. En plus, on nous avait présenté les interventions pour enfants dans les espaces publics viennois comme étant de "petit budget".
                                          une des plaines de jeux d'Einfach-Mehrfach
L'impression que les partenaires de Local Squares ont eu à Vienne était différente de celle présentée: on s'est dits que c'est une ville où il n'y a pas de gros problèmes d'usage des espaces publics, chaque demande sociale à ce propos au service Einfach-Mehrfach a été tôt ou tard satisfaite. Les fonds publics pour satisfaire ces demandes (notamment l'usage d'un terrain pour faire du sport, des lieux de répétition de musique, etc) ne sont pas un problème et ils nous ont pas semblé "petit budget".  La perception que nous avons tous eu au sein du groupe Local Squares était que les espaces publics à Vienne fonctionnaient bien, qu'il soit pour enfants, ados et adultes. On a même trouvé des considérations d'usage différentié selon des problématiques de genre, ce qui n'est pas fréquemment tenu en compte dans d'autres villes européennes.
                                          parc aménagé pour enfants et adultes 
 
En s'informant un peu sur la qualité de vie à Vienne, on tombe toujours sur le fait que Vienne se trouve, pour troisième année consécutive, en tête de liste du classement mondial Mercer sur le "Quality of Living”. Madrid se trouve en 49ème place, la dernière de la liste. Ceci n'est pas un rapport comparatif, mais ces chiffres montrent qu'en quelque sorte, la qualité de vie de ces deux villes est opposée, et avec elle les défis auxquels les Urbanistes doivent faire face dans chacune sont antinomiques, spécialement si on parle de participation citoyenne, qui incorpore les demandes des habitants. Les critères de cette classification peuvent se retrouver sur le site de Mercer.
                                          berges du Canal 
 
Maintenant que nous avons fait le lien entre demandes citoyennes et la réponse qu'elles trouvent dans les politiques d'investissement public, il serait pertinent reprendre la lecture du livre de David Harvey “Rebel Cities”, dans lequel il considère que les pouvoirs politiques et économiques fabriquent la ville selon leur propres désirs et besoins (pour le profit et l'accumulation de capital) au lieu de le faire pour satisfaire les besoins des gens. Comme ça, en apparence, on pourrait appliquer mieux ses théories à Madrid, qui a un gouvernement de droite, qu'à Vienne, qui a une tradition socialiste. Mais on ne peut que recommander d'approfondir sur les nuances de chaque contexte, pour ne pas avoir le risque de juger trop vite et de rester sur la surface de chaque contexte qu'on visite lors de notre partenariat Local Squares. 

10 de marzo de 2013

Réflexions autour du meeting Local Squares, Madrid

Maintenant que je réfléchis au meeting Leonardo Local Squares, je réalise qu'entre Basurama, Esta es una Plaza et moi, nous avons réussi à montrer aux gens du réseau Local Squares, du programme Long Life Learning Leonardo Partnership, une bonne partie de l'effervescente activité des collectifs espagnols qui travaillent avec la coproduction de l'espace public. 
Les médias on déjà beaucoup parlé des collectifs espagnols, faisant la comparaison avec des collectifs similaires en Europe, notamment Raumlabor, Atelier d'Architecture Autogérée, Exyzt, esterni... Mais les rencontres Arquitecturas Colectivas organisées depuis quelques années pour débattre différentes méthodes d'intervention dans des espaces publics publics/ abandonnés/oubliés/disputés, montrent que ce qui se passe en Espagne n'est pas dû au hasard. Les groupes espagnols ont un regard tout particulier face à des thèmes politiques, économiques et culturels qui les différencie des groupes européens où le contexte en rapport à ces thèmes n'est pas le même. Pour cela, expliquer aux allemands, hollandais, autrichiens de Leonardo ce qui se passe en Espagne, n'a pas été facile à faire. 
Bien que la crise de 2008 a contribué à la multiplication de collectifs plus ou moins artistiques, servant ceux-ci de  débouchée professionnelle à des jeunes bureaux d'architectes sans travail en vue, bien avant la crise, ce phénomène existait. Les bureaux Recetas urbanas et Basurama proposaient, déjà en 2000, recycler toits de bâtiments, interstices urbains, ou déchets ménagers et industriels pour palier au manque d'espaces de jeux, habitat, rencontre, ou pour proposer une forme non-marchande d'utilisation de l'espace public. Ainsi, une bonne partie des revendications des collectifs espagnols ont un fond social, en réponse au manque de propositions de création de lieux d'interaction sociale de la part des administrations. 
C'est ce qu'on a expliqué pendant le meeting Local Squares à Madrid, c'est à dire, que si bien on prend la crise comme une opportunité de développer la créativité citoyenne, celle-ci existait au préalable, et elle répondait déjà aux besoins du citoyen et/ou du marché. Esta es una Plaza par exemple, avait commencé avec un workshop d'actions urbaines, organisé par Urbanacción en collaboration avec esterni de Milan. Dans le workshop, on prenait comme référence les interventions urbaines d'autres collectifs européens, adaptées au contexte de Madrid qui est à défaut de petites zones vertes proches des citoyens (pocket parks ou espaces verts accessibles). Les participants du workshop, on a collaboré avec les voisins pour créer une zone verte avec un potager, un théâtre, des hamacs, et une pétanque. Le projet s'est terminé là, mais les voisins ont pris les commandes et ils ont transformé l'espace (après démolition par l’administration), de façon à le faire devenir aujourd'hui un exemple d'autogestion et de négociation avec le service d'Urbanisme.
Alberto Nanclares, de Basurama, nous a fait faire le tour de places qui ne sont pas conçues pour se les utiliser qui avaient été rénovées, mais avec quasi pas de zones vertes, d'ombre ou de jeux. La multiplication de ces places, explique en partie initiatives comme celle d'Esta es una plaza, dans laquelle les voisins s'organisent pour créer ce que l'administration ne fait pas, bien par manque d'argent, ou volonté de gérer les espaces verts et de jeux (qu'il faut arroser, contrôler...). Face au manque d'équipements (entendant la place comme un équipement public) appropriés et appropriables, on pratique le DIY, le "faites-le vous-même". Un élément à noter de la visite, est le fait que les allemands ont été fortement surpris avec le présence de la Police et les caméras de vigilance dans chacune des places qu'on a visité. Ils ont senti plus d'insécurité que de tranquillité. Qu'est-ce qu'ils contrôlent? quels usages contrôlent/empêchent? quels usagers ils ciblent? Moi j'ai pu seulement les raconter les aventures des Desayunos en la Luna, des déjeuners partagés dans l'espace public, par lesquels la Police passait régulièremewnt contrôler qu'one ne vendait rien, ou qu'on était pas "trop de monde" (qu'est-ce qu'il y a de mal à être beaucoup dans une place qui en a la capacité?...).
Le Campo de Cebada, qu'on a visité avec les gens de Local Squares, réponds mieux au modèle de collectif naît à partir de la crise. Le terrain vague crée après démolition du centre sportif de la Latina, est resté (à partir de la crise) sans fonds pour être reconstruit, laissant l'opportunité d'être occupé temporairement par des collectifs espagnols. Se crée ainsi un projet socio-culturel, évolutif et construit le jour à jour, qui est devenu aussi un exemple d'autogestion et contestation face au manque de propositions effectives de loisirs non-marchands pour l'usage de l'espace public.
Avec ces exemples, le projet de Tabacalera et les discussions internes, je crois que les "Leonardos" rentrent chez eux avec un bon panneau explicatif du contexte espagnol et du traitement  de l'espace public qui se fait par les trois acteurs principaux: aministration, mediateurs (culturels, associations...) et citoyens. On verra ce qui se passe à Vienne à la prochaine réunion!

25 de febrero de 2013

Meeting Leonardo Local Squares, Madrid

La semaine dernière j'ai participé à la rencontre Local Squares en Madrid. Comme je vous avait raconté, chaque 3 mois les membres du groupe Local Squares du réseau européen crée à partir de la bourse Leonardo Partnership on se réunit dans une des villes de nôtre réseau. En Octobre on s'est vus à Berlin, et maintenant c'était à Madrid.
Les deux groupes «hôte» de Madrid sont: Esta es una Plaza et Basurama. Le premier est une association «grassroots», un groupe qui travail depuis le bas, depuis le niveau du citoyen. Ils sont voisins et amis qui ont continué le projet qui avait été lancé par un workshop auquel j'ai participé il y a des années, en le reconstituant à partir des ses cendres, en le légalisant et activant régulièrement avec des ateliers, soupes populaires, théâtre et tout activité qu'ils considèrent intéressant dans leur Assemblée constituante. Comme je vous avait racconté, chaque membre de Local Squares a sa propre «obsession», ou cible de leurs recherches. Dans le cas de EeuP, la leur est l'activation de terrains vagues avec des potagers et activités associées. 
Les membres de Basurama se définissent comme un collectif dédié à la recherche, la production et gestion culturelle depuis 2001 qui centre sont aire d'étude et projet dans les processus productifs industriels, la génération de déchets que ceux-ci impliquent et leur potentiel créatif. Le groupe est né à la Faculté d'Architecture de Madrid, et leur «obsession» tourne autour des déchets.
Les activités ont été organisées par les deux groupes, avec l'appui d'associations qui travaillent dans des sujets connexes.
Le premier jour on a fait le lien entre ce qu'on a travaillé à Berlin et le contexte et problématiques de Madrid. On nous a expliqué l'expérience d'Esta es una plaza et pour comprendre sa raison d'être, Alberto Nanclares de Basurama a montré comment les places de Madrid ne sont pas conçues (au contraire que Esta es una plaza) pour s'asseoir en visitant la zone de Triball, et les places de Luna, Santo Domingo et Callao. Nous avons visité également le Campo de Cebada, le terrain vague de Lavapiés et Tabacalera. La journée s'est terminée au hangar "la Nave" de Basurama pour présenter leur travail et discuter entre nous ce qu'on avait ressenti dans cette journée assez chargée. 
Le deuxième jour on est restés dans la Nave de Basurama pour faire un workshop avec eux selon leur méthode de travail, avec les déchets qu'on avait chacun de nous ramené de nôtre pays. L'après-midi on a fait une session ouverte à tout public avec Domenico di Siena qui s'occupe du projet Think Commons, une plateforme pour l'innovation sociale à travers des réseaux sociaux. 
Le troixième jour, on a fait le workshop dans le terrain vague de Lavapiés, en construisant du mobilier pour les plantations, et preparant les semences à planter. On a mangé à Esta es una Plaza, et on s'est déplacés vers le Casino de la Reina pour nôtre réunion de discussion interne. On a passé le témoin au groupe de Vienne, où on se rencontre en Juin, insistant beaucoup sur ce qu'on doit changer/éliminer/améliorer de nôtre planning de chaque rencontre. Pour fêter la fin, on a montré aux "Leonardos" Tabacalera, où il y avait un concert, et autres endroits où faire la fête à Madrid... parce que ça sa fait partie du meeting aussi! Je vous raconterai les conclusions dès qu'on aura l'occasion de rediscuter entre nous.

3 de diciembre de 2012

"Partage d'obsessions", Leonardo Partnership, Berlin

Il y a 2 mois j'ai décroché une bourse de l'union Européenne LeonardoPartenariat pour développer un réseau d'échange de pratiques autour de la construction collective de l'espace public, sous les nom Local Squares. Je me sers des cas d'étude qu'on va développer au long de ces 2 ans de partenariat, comme éléments clé pour mon Doctorat en Art de Bâtir et Urbanisme à l'Université Catholique deLouvain.
Le partenariat se déroule sous forme de rencontres dans le contexte de chaque partenaire, sachant qu'il y en a 2 à Berlin, Inca et Interactive Workshop of Europe, 2 au Pays Bas Stichting ElosNederland et Local Intelligence, 2 à Madrid Basurama et Esta es unaPlaza, 1 à Vienne PlanSinn + Lukas Weiss, et moi comme Université Catholique de Louvain. Ça va me faire voyager pas mal ce temps-ci...
La première rencontre de notre réseau a eu lieu à Berlin il y a un mois. Le but principal était de faire connaissance, même si on avait fait la candidature ensemble et échangé beaucoup par mail et skype. Nous avons décidé ensemble sur le fonctionnement, procédures, modes de collecte d'information et partage d'expériences, pour les 2 ans du projet. Ainsi, on a établi notre calendrier de rencontres, quelle forme prendra notre documentation (en principe via la plateforme Ning) et quelle sera son utilité vis-à-vis d'une «formation tout au long de la vie» pour des planificateurs urbains, objectif principal de Leonardo.
Lors des préparations pour Berlin, j'avais beaucoup insisté sur le fait que je voulais qu'on soit introduits aux problématiques de chaque contexte, et aux méthodologies appliqués pour faire face aux enjeux locaux. Dans ce sens, nous avons visité le cas de l'Aéroport deTempelhof qui a été désaffecté et converti pour le moment en parc, mais où une forte pression immobilière le met au centre des débats sur sa reconversion. D'autres cas comme la gentrification accélérée que subit le quartier de Neukölln on été traités comme introduction à la discussion sur les conséquences négatives que la planification urbaine peut donner comme résultat de rénovations massives d'un quartier. La discussion sur l'habitat et ses dynamiques est abordée également par ma copine Ingrid Sabatier, du groupe de recherche ISSSResearch qui a établit son centre de travail sur les bâtiments désaffectés de Tempelhof et expose en ce moment une recherche sous forme de regards croisés sur l'habitat précaire àBombay, Istambul et Berlin. Vous avec jusqu'à fin janvier pour la voir!
L'ex aéroport de Tempelhof inclut bien que mal sous candidature (c'est difficile d'avoir son projet accepté) des potagers collectifs, des zones pour construire des maisons par et pour enfants, des bâtiments reconvertis en ateliers

 

Une fois la rencontre, mise en contexte, et partage effectuée, il restait le plus important: comprendre qui fait quoi dans notre réseau, et comment. Comprendre les problématiques auxquelles chaque partenaire fait face, et avec quelle méthode. Pour ce faire, on a fait ce que j'appelle le «partage des obsessions». Nous avons tous un regard sur la ville, une série d'éléments qui nous interpellent, qui nous intriguent et qu'on veut aborder. Souvent, et même si parfois j'ai l'impression que je fais beaucoup de choses très différentes et parfois pas toujours en rapport les unes aux autres, on me dit que je porte un regard très personnel et clair sur les «espaces appropriés». Le partage de cette vision de chacun sur l'espace public, et la mise en possibilité de comprendre les raisonnements de ce regard, sont pour moi essentiels dans l'échange de ces deux ans de travail. J'espère qu'on va y arriver. Je vous tiendrai au courant.

                                          Une de mes «obsessions»: un espace «approprié»

9 de septiembre de 2012

Enquête publique du Contrat de Quartier Durable Albert


Cette semaine nous avons fini de rédiger le Dossier de Base du Contrat de QuartierDurable Albert et le lundi 10 septembre commence l'enquête publique.

Comme je vous avais expliqué, les Contrats de Quartier sont des programmes de revitalisation de quartiers via des fonds qui sont destinés à des projets d'aménagement ou rénovation d'espaces publics, logements, équipements, ou activités économiques, et à des projets socio-économiques. 

Ce qui n'était pas très clair au début pour les habitants, est que tous ces projets sont inter-liés et qu'il ne s'agit pas de saupoudrer le territoire avec des projets "plic-ploc" mais d'avoir une vision d'ensemble cohérente. Mais avec nôtre présentation finale ils ont tout compris! Ils sont contents avec notre travail et ça marche!

Ce que nous avons proposé, est d’avoir un projet à vocation supra-locale, en bordure du périmètre, et un à vocation de quartier, au cœur de celui-ci. Celui en bordure, est le réaménagement de la place Albert, porte d’entrée historique du quartier qui a perdu tout son sens, avec l’apparition de plusieurs coins non construits aux coins du croisement des avenues Albert et Besme avec la Chaussée d’Alsemberg, et la présence d’une « Dalle Albert » qui ne peut pas être considérée comme place. 
Le projet pour ce « Pôle Albert » veut donc construire des logements dans ces coins non bâtis, réaménager la Dalle en place, créer un équipement à vocation sociale sur la nouvelle Place, avec un restaurant social, une salle pour l’académie de musique et autres événements et une nouvelle crèche liée à l’existante sur l’Avenue Besme, via cette place réanimée. Ce pôle répond donc à des besoins qui vont plus loin que le quartier, même si l’équipement sera utilisé principalement par les associations présentes dans le périmètre. Les constructions sont, comme je disais, fortement liées aux dynamiques du quartier, et pas des éléments proposés sur papier qui ne pourront pas être gérés après.
Le projet situé au cœur du quartier, le « Pôle Marconi » reprend et agrandit le Centre de jour de personnes retraités C.R.P.R, pour le réaménager en Maison de Quartier, accueillir le Partenariat Marconi et la Maison de Jeunes, tout en mutualisant les installations avec les activités existantes en ce moment. Le terrain à l’arrière du centre, accessible depuis la rue et abritant un agora-space, sera rendu perméable à la pluie à nouveau, et réaménagé en jardin et potager (récupérant les plantes de l’existant). Ce pôle agit comme moteur intergénérationnel du cœur du quartier et reprend le principe de la « solidarité des versants » via le jardin intérieur. Ce principe veut que l’on traite et ralentit l’eau de pluie dans les quartiers plus hauts (topographiquement) de la ville et on empêche donc les inondations dans les quartiers plus bas, par « solidarité ».

Notre travail d’analyse, diagnostic, programme, budget et phasage qui constituent le Dossier de Base sont donc finis avec ce document. Maintenant vous avez 3 semaines pour consulter le dossier au Service d'Urbanisme de la commune de Forest, et pour exprimer vos remarques ou commentaires et commencer la phase de mise en pratique du dossier, qui durera encore un an, jusqu’au début des premiers chantiers. Espérons que tout se déroule comme nous l’avons prévu !

Pour continuer à être au courant, vous pouvez aller voir le blog du Contrat de Quartier

5 de agosto de 2012

Paysage en processus JF-Kit House, expo au CIVA, Bruxelles

Vous avez encore le temps, jusqu'au 23 septembre, d'aller voir l'exposition "Paysage in progress: JF-Kit House domestic Fitness" du bureau d'architectes madrilène elii, Eva Gil, Uriel Fogué y Carlos Palacios, au CIVA 

Ce projet, crée exclusivement pour l'exposition du CIVA, est en réalité une recherche en cours sur les formes d'habiter durables et les conditions qu'elles entraînent. Comment passer de la ville habitée à la ville productive? et encore, comment passer du citoyen-habitant au citoyen-actif? vers quel type d'habitations cela nous mène? qui peut y habiter? le prototype installé au CIVA pose plus de questions que de réponses, l'exposition est donc une porte pouverte à la réflexion. Voici l'explication des architectes (traduite le mieux possible...):


"Cette recherche a lieu à différentes échelles deu développement 1) Échelle urbaine, elle offre un modèle reproductible, basé dans un système constructif peu cher et léger, qui augmente la densité des tissus urbains existants. Le prototype se construit grâce à une structure parasitaire auto-suffisante et off-the-grid, qui peut s'accrocher à un toit ou une façade existants. 2) Échelle architecturale, à travers de l'exploration de la transformation de l'espace habitable, entendu comme une unité active de production énergétique. 3) Échelle économique, crée un modèle pour révéler ou "unblackbox" [voir Bruno Latour et sa théorie de la boîte noire qui enferme les traces des processus] les schémas de consommation énergétique domestiques à travers de différents dispositifs de visualisation et monitoring, ainsi qui à travers de la mise en oeuvre d'hypothèques énergétiques qui utiliseraient les épargnes obtenus de la production domestique de l'énergie pour les décompter du payement de l'hypothèque de la maison. L'énergie cesse d'être invisible pour devenir un produit de consommation. 4) Échelle socio-culturelle, moyennant l'inscription d'un nouveau ensemble d'habitudes et comportements dans le corps (humain) politique" .


Selon le texte (traduit par moi) que le chercheur Marie Curie Fernando Dominguez Rubio leur à fait, "La JF-Kit House conçoit un futur dans lequel l'espace privé du foyer se voit transformé en un espace politique sui generi, c'est à dire, en un lieu où il est possible participer à des projets politiques à une échelle plus large, notamment le projet d'une société durable ou le projet d'économies à faible consommation, à travers des pratiques et décisions en apparence banales."


Ce qui est intéressant du projet, c'est la façon dont il reprend des éléments technologiques aujourd'hui étudiés, notamment le sol qui produit de l'énergie en dansant (par exemple dans une discothèque à Rotterdam) ou les vélos statiques qui produisent de l'énergie (par exemple dans certaines salles de gym) mais adaptés au paysage domestique. Ceci pose des questions sur qui pourrait vivre de cette façon? quelle genre de personnes seront acceptées/refusées dans cette maison?  ces dispositifs, ne devraient pas-t-ils être alternatifs à l'énergie distribuée en ville, mais pas l'exclure complètement? 


Ce dernier questionnement vient du concept de "nudge"  ou petit coup d'épaule qui est expliqué dans le livre du même nom, que j'ai lu il y a quelques mois. Ce coup d'épaule est une petite aide pour prendre des meilleures décisions, mais surtout, pour trouver les meilleures options "par défaut" que l'on met à des objets pour faciliter leur usage: des dispositifs qui éteignent automatiquement  les machines quand on ne les utilise pas, veilleuses qui avertissent qu'il faut faire le plein d'essence, mais aussi des non technologiques notamment les hypothèques ou plans de pension avec les meilleures conditions par défaut. Ceci est appelé paternalisme libertaire, une forme de conseil non coercitif, comme les hypothèques énergétiques dont parle elii.  Ce concept de voit dans le prototype de l'exposition via l'envoi de plusieurs messages, notamment qu'il faire du sport, épargner en eau et électricité, mais aussi penser à une échelle plus large, celle du quartier par exemple. Parce que, qu'est-ce qu'il se passerait si toute une rue adopterai ce prototypes sur les toits des immeubles? quels conflits se généraient dans le quartier, sachant qu'il y a des gens qui produisent de l'énergie et d'autres la consomment? quels changements à échelle urbaine peut-on espérer?

Il me manquait déjà une expo de ce genre à Bruxelles, une expo qui pose des questions. Normalement il y a dans les expositions d'art/architecture/urbanisme à Bruxelles des maquettes du projet (au stade fini ou en évolution) et quelques panneaux qui expliquet la mise en place du projet (dans cette expo il y en a, mais seulement pour tisser des liens avec la trajectoire de recherche du bureau d'architectes) Mais il est rare de voir une expo sur le non-fini, sur ce qui suggère sans s'imposer, même des idées poussées à l'extrême, et ce qui encourage à penser plus loin.


Prenez une après-midi pour voir (et tester) l'expo au CIVA (qui reste ouvert même la dimanche!) ayant l'esprit ouvert à des questionnements. En plus, vous pouvez profiter pour voir en septembre les autres expos de Design September . Vous trouverez d'autres photos sur mon compte flickr