31 de julio de 2015

Du non peut-être au oui mais non! le projet du piétonnier de Bruxelles

Un mois après la mise en place de la «phase-test» du piétonnier du centre-ville de Bruxelles, on peut confirmer qu’il s’agit du feuilleton de l’été : tout le monde en parle. Certains pour du bien, certains en mal, mais on dirait qu’il faut toujours avoir son opinion prête, au cas-où la question se soulève, même parmi les non avertis en urbanisme. Ça y est, on a réussi à faire de l'aménagement urbain un centre d’intérêt majeur ! On attendait que ça: pouvoir intéresser les habitants et usagers de Bruxelles sur la question urbaine.


Mais que penser du piétonnier en tant qu’Urbaniste qui travaille dans la zone?


La phase test du piétonnier est une phase qui permet de tester la capacité de trois profils de mobilité différents: les automobilistes, adaptant leur parcours habituel (même si on est en période de vacances scolaires); les habitués des transports en commun, changeant leur intermodalité habituelle (si compliqué déjà) entre parcours à pieds, métro, tram, pré-métro et bus; et les habitants et travailleurs locaux qui commencent à traverser un boulevard autrefois limite urbaine. Ce que le test ne permet pas vérifier est l'appropriabilité future du lieu car l'aménagement temporaire de celui-ci ne préfigure pas l'amenagement futur. C'est à dire que les compétences du bureau SumResearch, quant au projet à venir et en matière de «dessin», ne sont pas pour le moment remises en cause. Ce qu'on retrouve par contre, et assez abondamment, est l'opinion publique qui tourne autour de l'état actuel du piétonnier, et du modèle de ville ou «dessein» qui soutend l'animation et sécurisation qui est en train de prendre place pour le moment, centrée sur la création d'événements et la présence policière. Nombreux sont ceux qui aujourd’hui, tout en contestant pas le fait d’avoir un piétonnier verdurisé au centre-ville, passent de la demande pour la création de ce piétonnier à la révision ou remise en cause de certains aspects de celui-ci.

Dans ce premier article sur le piétonnier je me centrerai sur sa phase test et les opinions que ça a suscité et suscite encore auprès de ses détracteurs et supporteurs partiels. D'autres articles suivront quant au projet futur.
                                          Photo: Cristina Braschi. Date: 3 Juillet 2015

De la poudre aux yeux ?
La Ville de Bruxelles a proposé, pendant la première partie de la phase test du piétonnier, une série d'aménagements temporaires pour donner la «Place au piéton». Les activités proposées envisagent un piétonnier en tant que lieu de destination et non pas en tant que lieu de vie et connecteur social interquartiers. Malgré tout, l'appropriation du lieu a l'air d'être plutôt bonne et spontannée. Cet aménagement temporaire, différent du définitif, partage avec ce dernier le fait qu'il se construit également sur base d'un calendrier événementiel. C'est justement sur cela que Mathieu Berger et Pierre Vanderstraeten s'interrogent et instent à la Ville de Bruxelles à ne pas oublier que les besoins des locaux ne sont pas les mêmes que ceux des touristes. Pour ce faire, Pierre Vanderstraeten demande revenir au modèle de ville habitée, pas celui du centre commercial à ciel ouvert. Mathieu Berger compare ce dernier modèle à une "Barcelonisation de Bruxelles". Moi je suis d'avis que c'est plus une "Madrilenisation de Bruxelles": un modèle moins connu des urbanistes mais où le commerce au centre-ville est une attraction en soi, à vue du manque de plage dans la capitale espagnole (entre autres facteurs).


Calendrier d'activités pendant les mois d'été
Photo: Cristina Braschi. Date: 3 Juillet 2015

Dans ce sens, on peut se demander si les aménagements temporaires du piétonnier et les images du projet à venir constituent-elles de la «poudre aux yeux» qui cacherait des éléments moins visibles du processus de projet. L'expression paraphrase la fameuse scène Benoît Poelvoorde dans "C'est arrivé près de chez vous", pour commencer avec les références idiomatiques bruxelloises de cet article. 

                                          
L'aménagement urbain en tant que processus
Que se cache donc derrière le dessin du projet du piétonnier?  Le cas du piétonnier constitue donc un cas d'étude clair qui permettra de comprendre le projet d’urbanisme en tant que processus de création et négociation entre parties et pas seulement en tant que résultat physique d’un aménagement.

Est-ce un problème de  processus ? C’est ce que semble dire au fond le groupe Platform Pentagone, constitué à partir de la pétition contre la construction d'un parking sous-terrain sous la place du Jeu de Balle, associé à l'exécution du piétonnier. Voilà donc un élément non visible du piétonnier: il s'articule sur un projet plus large qui modifie la mobilité du centre-ville (ce qui est évidemment nécessaire pour tout piétonnier) en s'appuyant sur la construction de nouveaux parkings (ce qui semble moins évident à prouver). 

Cette plateforme fait part de deux types de plaintes quant au piétonnier:
- éléments du processus de projet: pas assez participatif, études de mobilité et d'impact local et global pas réalisés ou pas fournis, etc.
- éléments à venir: animation de l'espace public par sa festivalisation, sécurisation par la présence policière (et pas par les "eyes of the street" que dirait Jane Jacobs) et transformation du tissu commercial (par l'arrivée de grandes marques) et social (par l'arrivée d'habitants avec un plus grand pouvoir d'achat).

Je vais ici reconstruire donc les étapes de l'activisme pour, contre et NSP/NRP face au piétonnier. Je  vous demande (par commentaires ici en bas, ou par courriel) de m'aider si vous voulez à le compléter.

                                          Photo: Cristina Braschi. Date: 3 Juillet 2015

Du « Non, peut-être ?»
Cette expression Bruxelloise bien connue, malgré son apparence négative, veut dire en fait "oui bien sûr". Ceci s'applique parfaitement à un groupe qui se revendique plus ou moins homogène dû à l'intérêt commun de ses composants. Dans celui-ci, on retrouve ceux qui, connaissant l'existence de diverses discussions (pendant plusieurs années) pour piétonniser les boulevards centraux, décident en 2012 d'en faire la demande claire avec un concours d'idées Parc Anspach et un Picnic the streets. Ce dernier événenement a eu lieu à plusieurs reprises au long de l'année 2012 et consistait en picnics-manifestation pacifiques pour demander le droit à utiliser les boulevards libérés de ses voitures. Après quelques séances, la Ville accorde la coupure du traffic automobile les dimanches d'été entre 12 et 14 heures. Malgré donc une apparence négative, ce groupement activiste reprend des idées plutôt positives pour un piétonnier. 

Au  « Oui, mais non ! » 
Considérant la coupure du traffic automobile des dimanches d'été comme étant pas suffisante, et suite à la décision de la Ville de Bruxelles de piétonniser les boulevards sur le tronçon entre les places De Brouckère et Fontainas, en Novembre 2014, certains participants du Picnic the Streets organisent un nouveau picnic-manifestation pour dire "oui" au piétonnier mais pas n'importe comment, appelé « oui mais non! ». Sous cette autre slogan Bruxellois, on retrouverait que ces derniers seraient donc quelque part d'accord sur le fait que le projet du piétonnier (le temporaire et celui à venir) ne seraient que de la "poudre aux yeux" ou des "rustines" temporaires qui ne permettraient pas avoir un débat sur le fond du projet, pendant que les décisions se prennent ailleurs et sans possibilité d'injérence de la part des citoyens.

« Non mais non »
Dans ce groupe on retrouverait les partisans de l'automobile, regroupés ou pas dans une des plusieurs associations d’automobilistes (Touring, DRP Droit de Rouler et de Parquer, entre autres). Ce groupe serait partisan du « non mais non »: ils exigent pouvoir rouler en bagnole jusqu’au centre-ville ou pouvoir le traverser pour arriver plus vite à leur destination, voire des mesures alternatives pour accéder à leur destination (toujours avec la voiture). Avec ce groupe on pourrait tomber dans des discussion interminables sur quel modèle de transformation modale faut-il privilégier: si top-down ou bottom-up. Dans le premier cas, les solutions seraient données par les autorités (préalablement à la mise en place du piétonnier): avec des alternatives de transport en commun fiables à la voiture (et remplir les objectifs de réduction de traffic automobile et émission CO2 démandés par l'Europe) ou des trajets (automobiles) alternatifs + zones de parking (supplémentaires). Parmi les bottom-up: l'option qui laisse que les automobilistes s'auto-organisent autrement (avec du covoiturage, des combinaisons voiture-transports en commun, retrouver des parcours alternatifs, etc). Cette discussion est interminable car il y aura toujours des partisans de l'un ou l'autre, voire des multiples combinaisons entre les deux.

Ce qui est clair c'est que le projet de la piétonnisation du centre-ville, qui démarre maintenant avec les boulevards centraux, est un projet beaucoup plus complexe que le simple aménagement plus ou moins embellissant et "humain" d'un lieu autrefois dédié à la voiture. Le tout est de savoir à qui dédie-t-on ce changement. Ou plus précisement: quel modèle de ville on souhaite pour le centre-ville de Bruxelles (pour revenir aux modèles évoqués par Pierre Vanderstraeten): la ville habitée ou la ville centre commercial, sachant que bien pensés ces modèles peuvent ne pas être antagonistes.

                                          Photo: Cristina Braschi. Date: 3 Juillet 2015

Madrilènisation de Bruxelles
Dans ce blog j'ai longuement parlé de l'orientation commerciale des espaces publics du centre-ville de Madrid. Pour expliquer brièvement en quoi consiste cette stratégie Madrilène, et la rattacher au cas du piétonnier Bruxellois, je dirai que celle-ci se centre sur:
- une sécurisation policière des espaces par le chassement des personnes et comportements indésirables et l'interdiction de boire sur la voie publique
- une occupation commerciale des rez-de-chaussée avec des magasins des grandes chaînes internationales, et du secteur HORECA qui occupe les espaces avec des terrasses
- une animation regulière avec des événements que seule la Mairie peut organiser (la nouvelle loi de sécurité citoyenne interdit toute "groupement indésirable" et déplace les manifestations à des heures et quartiers moins centraux). Pour les évéments organisés par la Mairie et les terrasses, les lois qui interdisent boire dans l'espace public et les "groupements" ne s'appliquent pas.

Face à ces changements subis par la ville de Madrid, similaires à ceux de Barcelone mais sans les grands événements tels que les Jeux Olympiques de 1992 et le Forum Barcelona de 2004, nous pouvons constater que le centre-ville Bruxellois a plus de rapport avec le centre de Madrid. La question à poser donc serait: pouvons-nous trouver le germe de ce qui se passe à Madrid depuis une quinzaine d'années, dans le projet du piétonnier Bruxellois? Ou dans le cas contraire, tout ce cumule d'opinions ne serait-il pas qu'une série de craintes sans fondement? En tout cas, moi je vais continuer à analyser le sujet. 


                                Pavillon d'information sur le piétonnier libellé "information touristique"
                                                  Photo: Cristina Braschi. Date: 3 Juillet 2015
Ceci provoque qu’au final les partisans du « non ma
is non », qui veulent pouvoir rouler en bagnole
jusqu’au centre-ville ou pouvoir le traverser pour
arriver plus vite à leur destination, se retrouvent
côte-à-côte avec les « oui mais non ». Ces derniers
, veulent certes un piétonnier au centre-ville mais
ils contestent l’orientation commerciale et événeme
ntielle du piétonnier. R
Ceci provoque qu’au final les partisans du « non ma
is non », qui veulent pouvoir rouler en bagnole
jusqu’au centre-ville ou pouvoir le traverser pour
arriver plus vite à leur destination, se retrouvent
côte-à-côte avec les « oui mais non ». Ces derniers
, veulent certes un piétonnier au centre-ville mais
ils contestent l’orientation commerciale et événeme
ntielle du piétonnie