10 de marzo de 2013

Réflexions autour du meeting Local Squares, Madrid

Maintenant que je réfléchis au meeting Leonardo Local Squares, je réalise qu'entre Basurama, Esta es una Plaza et moi, nous avons réussi à montrer aux gens du réseau Local Squares, du programme Long Life Learning Leonardo Partnership, une bonne partie de l'effervescente activité des collectifs espagnols qui travaillent avec la coproduction de l'espace public. 
Les médias on déjà beaucoup parlé des collectifs espagnols, faisant la comparaison avec des collectifs similaires en Europe, notamment Raumlabor, Atelier d'Architecture Autogérée, Exyzt, esterni... Mais les rencontres Arquitecturas Colectivas organisées depuis quelques années pour débattre différentes méthodes d'intervention dans des espaces publics publics/ abandonnés/oubliés/disputés, montrent que ce qui se passe en Espagne n'est pas dû au hasard. Les groupes espagnols ont un regard tout particulier face à des thèmes politiques, économiques et culturels qui les différencie des groupes européens où le contexte en rapport à ces thèmes n'est pas le même. Pour cela, expliquer aux allemands, hollandais, autrichiens de Leonardo ce qui se passe en Espagne, n'a pas été facile à faire. 
Bien que la crise de 2008 a contribué à la multiplication de collectifs plus ou moins artistiques, servant ceux-ci de  débouchée professionnelle à des jeunes bureaux d'architectes sans travail en vue, bien avant la crise, ce phénomène existait. Les bureaux Recetas urbanas et Basurama proposaient, déjà en 2000, recycler toits de bâtiments, interstices urbains, ou déchets ménagers et industriels pour palier au manque d'espaces de jeux, habitat, rencontre, ou pour proposer une forme non-marchande d'utilisation de l'espace public. Ainsi, une bonne partie des revendications des collectifs espagnols ont un fond social, en réponse au manque de propositions de création de lieux d'interaction sociale de la part des administrations. 
C'est ce qu'on a expliqué pendant le meeting Local Squares à Madrid, c'est à dire, que si bien on prend la crise comme une opportunité de développer la créativité citoyenne, celle-ci existait au préalable, et elle répondait déjà aux besoins du citoyen et/ou du marché. Esta es una Plaza par exemple, avait commencé avec un workshop d'actions urbaines, organisé par Urbanacción en collaboration avec esterni de Milan. Dans le workshop, on prenait comme référence les interventions urbaines d'autres collectifs européens, adaptées au contexte de Madrid qui est à défaut de petites zones vertes proches des citoyens (pocket parks ou espaces verts accessibles). Les participants du workshop, on a collaboré avec les voisins pour créer une zone verte avec un potager, un théâtre, des hamacs, et une pétanque. Le projet s'est terminé là, mais les voisins ont pris les commandes et ils ont transformé l'espace (après démolition par l’administration), de façon à le faire devenir aujourd'hui un exemple d'autogestion et de négociation avec le service d'Urbanisme.
Alberto Nanclares, de Basurama, nous a fait faire le tour de places qui ne sont pas conçues pour se les utiliser qui avaient été rénovées, mais avec quasi pas de zones vertes, d'ombre ou de jeux. La multiplication de ces places, explique en partie initiatives comme celle d'Esta es una plaza, dans laquelle les voisins s'organisent pour créer ce que l'administration ne fait pas, bien par manque d'argent, ou volonté de gérer les espaces verts et de jeux (qu'il faut arroser, contrôler...). Face au manque d'équipements (entendant la place comme un équipement public) appropriés et appropriables, on pratique le DIY, le "faites-le vous-même". Un élément à noter de la visite, est le fait que les allemands ont été fortement surpris avec le présence de la Police et les caméras de vigilance dans chacune des places qu'on a visité. Ils ont senti plus d'insécurité que de tranquillité. Qu'est-ce qu'ils contrôlent? quels usages contrôlent/empêchent? quels usagers ils ciblent? Moi j'ai pu seulement les raconter les aventures des Desayunos en la Luna, des déjeuners partagés dans l'espace public, par lesquels la Police passait régulièremewnt contrôler qu'one ne vendait rien, ou qu'on était pas "trop de monde" (qu'est-ce qu'il y a de mal à être beaucoup dans une place qui en a la capacité?...).
Le Campo de Cebada, qu'on a visité avec les gens de Local Squares, réponds mieux au modèle de collectif naît à partir de la crise. Le terrain vague crée après démolition du centre sportif de la Latina, est resté (à partir de la crise) sans fonds pour être reconstruit, laissant l'opportunité d'être occupé temporairement par des collectifs espagnols. Se crée ainsi un projet socio-culturel, évolutif et construit le jour à jour, qui est devenu aussi un exemple d'autogestion et contestation face au manque de propositions effectives de loisirs non-marchands pour l'usage de l'espace public.
Avec ces exemples, le projet de Tabacalera et les discussions internes, je crois que les "Leonardos" rentrent chez eux avec un bon panneau explicatif du contexte espagnol et du traitement  de l'espace public qui se fait par les trois acteurs principaux: aministration, mediateurs (culturels, associations...) et citoyens. On verra ce qui se passe à Vienne à la prochaine réunion!

25 de febrero de 2013

Meeting Leonardo Local Squares, Madrid

La semaine dernière j'ai participé à la rencontre Local Squares en Madrid. Comme je vous avait raconté, chaque 3 mois les membres du groupe Local Squares du réseau européen crée à partir de la bourse Leonardo Partnership on se réunit dans une des villes de nôtre réseau. En Octobre on s'est vus à Berlin, et maintenant c'était à Madrid.
Les deux groupes «hôte» de Madrid sont: Esta es una Plaza et Basurama. Le premier est une association «grassroots», un groupe qui travail depuis le bas, depuis le niveau du citoyen. Ils sont voisins et amis qui ont continué le projet qui avait été lancé par un workshop auquel j'ai participé il y a des années, en le reconstituant à partir des ses cendres, en le légalisant et activant régulièrement avec des ateliers, soupes populaires, théâtre et tout activité qu'ils considèrent intéressant dans leur Assemblée constituante. Comme je vous avait racconté, chaque membre de Local Squares a sa propre «obsession», ou cible de leurs recherches. Dans le cas de EeuP, la leur est l'activation de terrains vagues avec des potagers et activités associées. 
Les membres de Basurama se définissent comme un collectif dédié à la recherche, la production et gestion culturelle depuis 2001 qui centre sont aire d'étude et projet dans les processus productifs industriels, la génération de déchets que ceux-ci impliquent et leur potentiel créatif. Le groupe est né à la Faculté d'Architecture de Madrid, et leur «obsession» tourne autour des déchets.
Les activités ont été organisées par les deux groupes, avec l'appui d'associations qui travaillent dans des sujets connexes.
Le premier jour on a fait le lien entre ce qu'on a travaillé à Berlin et le contexte et problématiques de Madrid. On nous a expliqué l'expérience d'Esta es una plaza et pour comprendre sa raison d'être, Alberto Nanclares de Basurama a montré comment les places de Madrid ne sont pas conçues (au contraire que Esta es una plaza) pour s'asseoir en visitant la zone de Triball, et les places de Luna, Santo Domingo et Callao. Nous avons visité également le Campo de Cebada, le terrain vague de Lavapiés et Tabacalera. La journée s'est terminée au hangar "la Nave" de Basurama pour présenter leur travail et discuter entre nous ce qu'on avait ressenti dans cette journée assez chargée. 
Le deuxième jour on est restés dans la Nave de Basurama pour faire un workshop avec eux selon leur méthode de travail, avec les déchets qu'on avait chacun de nous ramené de nôtre pays. L'après-midi on a fait une session ouverte à tout public avec Domenico di Siena qui s'occupe du projet Think Commons, une plateforme pour l'innovation sociale à travers des réseaux sociaux. 
Le troixième jour, on a fait le workshop dans le terrain vague de Lavapiés, en construisant du mobilier pour les plantations, et preparant les semences à planter. On a mangé à Esta es una Plaza, et on s'est déplacés vers le Casino de la Reina pour nôtre réunion de discussion interne. On a passé le témoin au groupe de Vienne, où on se rencontre en Juin, insistant beaucoup sur ce qu'on doit changer/éliminer/améliorer de nôtre planning de chaque rencontre. Pour fêter la fin, on a montré aux "Leonardos" Tabacalera, où il y avait un concert, et autres endroits où faire la fête à Madrid... parce que ça sa fait partie du meeting aussi! Je vous raconterai les conclusions dès qu'on aura l'occasion de rediscuter entre nous.

3 de diciembre de 2012

"Partage d'obsessions", Leonardo Partnership, Berlin

Il y a 2 mois j'ai décroché une bourse de l'union Européenne LeonardoPartenariat pour développer un réseau d'échange de pratiques autour de la construction collective de l'espace public, sous les nom Local Squares. Je me sers des cas d'étude qu'on va développer au long de ces 2 ans de partenariat, comme éléments clé pour mon Doctorat en Art de Bâtir et Urbanisme à l'Université Catholique deLouvain.
Le partenariat se déroule sous forme de rencontres dans le contexte de chaque partenaire, sachant qu'il y en a 2 à Berlin, Inca et Interactive Workshop of Europe, 2 au Pays Bas Stichting ElosNederland et Local Intelligence, 2 à Madrid Basurama et Esta es unaPlaza, 1 à Vienne PlanSinn + Lukas Weiss, et moi comme Université Catholique de Louvain. Ça va me faire voyager pas mal ce temps-ci...
La première rencontre de notre réseau a eu lieu à Berlin il y a un mois. Le but principal était de faire connaissance, même si on avait fait la candidature ensemble et échangé beaucoup par mail et skype. Nous avons décidé ensemble sur le fonctionnement, procédures, modes de collecte d'information et partage d'expériences, pour les 2 ans du projet. Ainsi, on a établi notre calendrier de rencontres, quelle forme prendra notre documentation (en principe via la plateforme Ning) et quelle sera son utilité vis-à-vis d'une «formation tout au long de la vie» pour des planificateurs urbains, objectif principal de Leonardo.
Lors des préparations pour Berlin, j'avais beaucoup insisté sur le fait que je voulais qu'on soit introduits aux problématiques de chaque contexte, et aux méthodologies appliqués pour faire face aux enjeux locaux. Dans ce sens, nous avons visité le cas de l'Aéroport deTempelhof qui a été désaffecté et converti pour le moment en parc, mais où une forte pression immobilière le met au centre des débats sur sa reconversion. D'autres cas comme la gentrification accélérée que subit le quartier de Neukölln on été traités comme introduction à la discussion sur les conséquences négatives que la planification urbaine peut donner comme résultat de rénovations massives d'un quartier. La discussion sur l'habitat et ses dynamiques est abordée également par ma copine Ingrid Sabatier, du groupe de recherche ISSSResearch qui a établit son centre de travail sur les bâtiments désaffectés de Tempelhof et expose en ce moment une recherche sous forme de regards croisés sur l'habitat précaire àBombay, Istambul et Berlin. Vous avec jusqu'à fin janvier pour la voir!
L'ex aéroport de Tempelhof inclut bien que mal sous candidature (c'est difficile d'avoir son projet accepté) des potagers collectifs, des zones pour construire des maisons par et pour enfants, des bâtiments reconvertis en ateliers

 

Une fois la rencontre, mise en contexte, et partage effectuée, il restait le plus important: comprendre qui fait quoi dans notre réseau, et comment. Comprendre les problématiques auxquelles chaque partenaire fait face, et avec quelle méthode. Pour ce faire, on a fait ce que j'appelle le «partage des obsessions». Nous avons tous un regard sur la ville, une série d'éléments qui nous interpellent, qui nous intriguent et qu'on veut aborder. Souvent, et même si parfois j'ai l'impression que je fais beaucoup de choses très différentes et parfois pas toujours en rapport les unes aux autres, on me dit que je porte un regard très personnel et clair sur les «espaces appropriés». Le partage de cette vision de chacun sur l'espace public, et la mise en possibilité de comprendre les raisonnements de ce regard, sont pour moi essentiels dans l'échange de ces deux ans de travail. J'espère qu'on va y arriver. Je vous tiendrai au courant.

                                          Une de mes «obsessions»: un espace «approprié»

9 de septiembre de 2012

Enquête publique du Contrat de Quartier Durable Albert


Cette semaine nous avons fini de rédiger le Dossier de Base du Contrat de QuartierDurable Albert et le lundi 10 septembre commence l'enquête publique.

Comme je vous avais expliqué, les Contrats de Quartier sont des programmes de revitalisation de quartiers via des fonds qui sont destinés à des projets d'aménagement ou rénovation d'espaces publics, logements, équipements, ou activités économiques, et à des projets socio-économiques. 

Ce qui n'était pas très clair au début pour les habitants, est que tous ces projets sont inter-liés et qu'il ne s'agit pas de saupoudrer le territoire avec des projets "plic-ploc" mais d'avoir une vision d'ensemble cohérente. Mais avec nôtre présentation finale ils ont tout compris! Ils sont contents avec notre travail et ça marche!

Ce que nous avons proposé, est d’avoir un projet à vocation supra-locale, en bordure du périmètre, et un à vocation de quartier, au cœur de celui-ci. Celui en bordure, est le réaménagement de la place Albert, porte d’entrée historique du quartier qui a perdu tout son sens, avec l’apparition de plusieurs coins non construits aux coins du croisement des avenues Albert et Besme avec la Chaussée d’Alsemberg, et la présence d’une « Dalle Albert » qui ne peut pas être considérée comme place. 
Le projet pour ce « Pôle Albert » veut donc construire des logements dans ces coins non bâtis, réaménager la Dalle en place, créer un équipement à vocation sociale sur la nouvelle Place, avec un restaurant social, une salle pour l’académie de musique et autres événements et une nouvelle crèche liée à l’existante sur l’Avenue Besme, via cette place réanimée. Ce pôle répond donc à des besoins qui vont plus loin que le quartier, même si l’équipement sera utilisé principalement par les associations présentes dans le périmètre. Les constructions sont, comme je disais, fortement liées aux dynamiques du quartier, et pas des éléments proposés sur papier qui ne pourront pas être gérés après.
Le projet situé au cœur du quartier, le « Pôle Marconi » reprend et agrandit le Centre de jour de personnes retraités C.R.P.R, pour le réaménager en Maison de Quartier, accueillir le Partenariat Marconi et la Maison de Jeunes, tout en mutualisant les installations avec les activités existantes en ce moment. Le terrain à l’arrière du centre, accessible depuis la rue et abritant un agora-space, sera rendu perméable à la pluie à nouveau, et réaménagé en jardin et potager (récupérant les plantes de l’existant). Ce pôle agit comme moteur intergénérationnel du cœur du quartier et reprend le principe de la « solidarité des versants » via le jardin intérieur. Ce principe veut que l’on traite et ralentit l’eau de pluie dans les quartiers plus hauts (topographiquement) de la ville et on empêche donc les inondations dans les quartiers plus bas, par « solidarité ».

Notre travail d’analyse, diagnostic, programme, budget et phasage qui constituent le Dossier de Base sont donc finis avec ce document. Maintenant vous avez 3 semaines pour consulter le dossier au Service d'Urbanisme de la commune de Forest, et pour exprimer vos remarques ou commentaires et commencer la phase de mise en pratique du dossier, qui durera encore un an, jusqu’au début des premiers chantiers. Espérons que tout se déroule comme nous l’avons prévu !

Pour continuer à être au courant, vous pouvez aller voir le blog du Contrat de Quartier

5 de agosto de 2012

Paysage en processus JF-Kit House, expo au CIVA, Bruxelles

Vous avez encore le temps, jusqu'au 23 septembre, d'aller voir l'exposition "Paysage in progress: JF-Kit House domestic Fitness" du bureau d'architectes madrilène elii, Eva Gil, Uriel Fogué y Carlos Palacios, au CIVA 

Ce projet, crée exclusivement pour l'exposition du CIVA, est en réalité une recherche en cours sur les formes d'habiter durables et les conditions qu'elles entraînent. Comment passer de la ville habitée à la ville productive? et encore, comment passer du citoyen-habitant au citoyen-actif? vers quel type d'habitations cela nous mène? qui peut y habiter? le prototype installé au CIVA pose plus de questions que de réponses, l'exposition est donc une porte pouverte à la réflexion. Voici l'explication des architectes (traduite le mieux possible...):


"Cette recherche a lieu à différentes échelles deu développement 1) Échelle urbaine, elle offre un modèle reproductible, basé dans un système constructif peu cher et léger, qui augmente la densité des tissus urbains existants. Le prototype se construit grâce à une structure parasitaire auto-suffisante et off-the-grid, qui peut s'accrocher à un toit ou une façade existants. 2) Échelle architecturale, à travers de l'exploration de la transformation de l'espace habitable, entendu comme une unité active de production énergétique. 3) Échelle économique, crée un modèle pour révéler ou "unblackbox" [voir Bruno Latour et sa théorie de la boîte noire qui enferme les traces des processus] les schémas de consommation énergétique domestiques à travers de différents dispositifs de visualisation et monitoring, ainsi qui à travers de la mise en oeuvre d'hypothèques énergétiques qui utiliseraient les épargnes obtenus de la production domestique de l'énergie pour les décompter du payement de l'hypothèque de la maison. L'énergie cesse d'être invisible pour devenir un produit de consommation. 4) Échelle socio-culturelle, moyennant l'inscription d'un nouveau ensemble d'habitudes et comportements dans le corps (humain) politique" .


Selon le texte (traduit par moi) que le chercheur Marie Curie Fernando Dominguez Rubio leur à fait, "La JF-Kit House conçoit un futur dans lequel l'espace privé du foyer se voit transformé en un espace politique sui generi, c'est à dire, en un lieu où il est possible participer à des projets politiques à une échelle plus large, notamment le projet d'une société durable ou le projet d'économies à faible consommation, à travers des pratiques et décisions en apparence banales."


Ce qui est intéressant du projet, c'est la façon dont il reprend des éléments technologiques aujourd'hui étudiés, notamment le sol qui produit de l'énergie en dansant (par exemple dans une discothèque à Rotterdam) ou les vélos statiques qui produisent de l'énergie (par exemple dans certaines salles de gym) mais adaptés au paysage domestique. Ceci pose des questions sur qui pourrait vivre de cette façon? quelle genre de personnes seront acceptées/refusées dans cette maison?  ces dispositifs, ne devraient pas-t-ils être alternatifs à l'énergie distribuée en ville, mais pas l'exclure complètement? 


Ce dernier questionnement vient du concept de "nudge"  ou petit coup d'épaule qui est expliqué dans le livre du même nom, que j'ai lu il y a quelques mois. Ce coup d'épaule est une petite aide pour prendre des meilleures décisions, mais surtout, pour trouver les meilleures options "par défaut" que l'on met à des objets pour faciliter leur usage: des dispositifs qui éteignent automatiquement  les machines quand on ne les utilise pas, veilleuses qui avertissent qu'il faut faire le plein d'essence, mais aussi des non technologiques notamment les hypothèques ou plans de pension avec les meilleures conditions par défaut. Ceci est appelé paternalisme libertaire, une forme de conseil non coercitif, comme les hypothèques énergétiques dont parle elii.  Ce concept de voit dans le prototype de l'exposition via l'envoi de plusieurs messages, notamment qu'il faire du sport, épargner en eau et électricité, mais aussi penser à une échelle plus large, celle du quartier par exemple. Parce que, qu'est-ce qu'il se passerait si toute une rue adopterai ce prototypes sur les toits des immeubles? quels conflits se généraient dans le quartier, sachant qu'il y a des gens qui produisent de l'énergie et d'autres la consomment? quels changements à échelle urbaine peut-on espérer?

Il me manquait déjà une expo de ce genre à Bruxelles, une expo qui pose des questions. Normalement il y a dans les expositions d'art/architecture/urbanisme à Bruxelles des maquettes du projet (au stade fini ou en évolution) et quelques panneaux qui expliquet la mise en place du projet (dans cette expo il y en a, mais seulement pour tisser des liens avec la trajectoire de recherche du bureau d'architectes) Mais il est rare de voir une expo sur le non-fini, sur ce qui suggère sans s'imposer, même des idées poussées à l'extrême, et ce qui encourage à penser plus loin.


Prenez une après-midi pour voir (et tester) l'expo au CIVA (qui reste ouvert même la dimanche!) ayant l'esprit ouvert à des questionnements. En plus, vous pouvez profiter pour voir en septembre les autres expos de Design September . Vous trouverez d'autres photos sur mon compte flickr 

11 de mayo de 2012

Voyage en Algérie: Les fers en attente, Alger

Il y a un an j'étais en Algérie. J'ai eu des impressions positives que j'ai tout-de-suite écrit dans un article qui allait se publier dans la revue "Vie des villes", mais que par des problèmes avec les autres rapports des étudiants du Master en Urbanisme et Aménagement du Territoire, nous ne les avons jamais publié.
Il était temps, je vous laisse ici mes impressions d'Alger. Pour plus de photos, mon flickr.


Les fers en attente :
Une des premières choses qui attirent l’attention du voyageur féminin à Alger c’est le manque de femmes dans l’espace public. Un samedi d’avril, les hommes sortent dans la rue, tout parfum et gel,  « se promener ».  La balade de plaisance à lieu qu’entre hommes, ayant comme observateur des hommes-policiers. Les femmes, se retrouvent dans les hammams, petits lieux de prière et parcs les utilisant à la façon de salons urbains. La femme se retrouve donc dans les endroits réservés à elle et avec ses horaires établis.  

Cela renvoie à la question de l’image de la femme dans l’espace public, si elle n’est pas inexistante, elle est cependant cachée de l’œil inverti, qui la cherche dans des endroits qui ne le sont pas propres « traditionnellement». À Bruxelles, où un grand nombre d’habitants est d’origine maghrébine, et les traditionnelles séparations de sexe selon le type d’espace public ont lieu comme dans leur pays, des urbanistes ont commencé à se poser la question de comment aménager des espaces  appropriables par les femmes et non pas par les hommes, qui occupent déjà naturellement les cafés locaux. En tant qu’urbanistes, il est important de comprendre les habitudes que l’on peut changer, et celles qu’il vaut mieux protéger pour intégrer les habitants dans le quartier, et leur offrir un cadre agréable à vivre. Les échanges interculturels comme ce voyage dont nous avons fait partie, peuvent aider à une majeure compréhension des cultures, et une meilleure résolution des conflits d’appropriation de l’espace public. 

En rapport à l’usage de l’espace public, on peut dire donc que les usagers plus visibles en Algérie ce sont donc les hommes. Tenant compte que l’âge médian est de 26,6 ans et que 50% de la population a moins de 19 ans, on peut imaginer qu’une grande partie de la population se trouve donc en une situation charnière entre les études et le monde du travail, et cela se reflète dans les rues, cafés et places, toujours bondés d’hommes. On voit les vendeurs de thé, les marchants d’argent, les joueurs d’échecs, les vieux qui parlent… sous l’œil attentif des policiers fixes dans leur poste de garde. Même à Ghardaïa, à 600km des habitudes de la capitale, les hommes occupent les deux cotés du marché : vendeurs et acheteurs.

Les marchands algériens ne vont pas chercher les touristes avec un « venez, regardez » typique d’autres pays maghrébins. Par contre, ils s’approchent souvent aux inconnus tout simplement pour leur souhaiter la bienvenue dans leur pays.  À Ghardaïa, où les touristes sont plus fréquents, les habitants les ignorent comme toute autre partie du décor. La place de la vente aux enchères de Ghardaïa est ouverte au public local, les touristes visitent sans droit aux photos ou à l’achat. Seules les femmes sentent la présence des étrangers à distance et referment promptement le drap blanc qui les couvre, laissant encore moins de possibilité de vision au seul œil avec lequel elles regardent le monde. 

L’aménagement de l’espace public doit donc répondre aux usages différents des hommes et des femmes (question spécifique maghrébine) mais aussi des enfants, jeunes et aînés, comme dans toute autre ville. Quel est donc l’apprentissage qu’un groupe d’urbanistes peuvent-ils faire d’un voyage pareil ? Comme énoncé plus haut, comprendre les mécanismes d’usage et d’appropriation des lieux par les habitants et passants, peut nous aider à concevoir des espaces où les conflits d’usage deviennent des négociations constructives. L’utilisation parfois domestique que les habitants font de leur espace extérieur (avec des chaises pour se mettre à discuter, jouer aux cartes, surveiller les enfants qui jouent…) est un exemple de conflit d’usage –car pas réfléchi au départ dans l’aménagement urbain– qui contribue à la construction d’un bon climat social. Dans ce sens, comprendre ces mécanismes selon chaque culture, enrichit le projet urbain. 

S’il y a une dernière question plus spécifique au cas algérien qu’on a pu analyser lors du voyage, est la présence de cette population jeune fortement représenté dans l’espace public, de laquelle on attend un changement. On attend qu’ils soient formés en Europe, pour venir reconstruire le pays. Certains l’on déjà fait, d’autres sont en projet. Quoi qu’il en soit, la ville les attend avec les fers du béton des maisons d’un ou deux étages en attente, pour ajouter un niveau de plus, avec un projet de famille, un projet de futur. Les algériens ont l’impression qu’ils ont beaucoup à apprendre d’Europe, mais entre temps ils nous ont enseigné énormément. 

4 de mayo de 2012

Contrat de Quartier Durable Albert, Bruxelles

Je suis occupée en ce moment à réaliser le dossier de base pour un Contrat de Quartier, pour ce qui connaissent pas, c'est un programme de revitalisation d'un quartier de Bruxelles auquel on donne des fonds pour construire ou rénover des logements, rénover ou créer des espaces publics et équipements, renforcer ou favoriser les initiatives sociales...
Les Contrats de Quartier ont été crées dans les années 90 et ils constituent un exemple de programme pour beaucoup d'administrations en Europe, par leur volonté d'intégrer la participation citoyenne moyennant la consultation des habitants/usagers pendant l'élaboration du programme et non pas une fois fini pour "donner leur accord". Dans les nouveaux Contrats de Quartier l'adjectif "durable" (déjà tellement utilisé qu'il perd un peu son sens) parce que la Région prétend insister sur la vision qui inclut les trois piliers du développement durable: l'écologique (le premier qui vient à l'esprit), l'économique et le social (fréquemment relégué à simple consultation, pas une réelle participation). Pour assurer la mise en pratique de ce dernier, la Commune de Forest a désigné le bureau de participation 21 Solutions en association avec Espace Environnement, qui vont collaborer avec nous pour récolter l'information et vécu des usagers et habitants du quartier et comprendre quel projet souhaitent réaliser ou s'y impliquer.
Mon travail consiste en analyser, avec deux architectes et une sociologue du bureau Éon architectes,  l'état actuel du quartier, diagnostiquer les problèmes et élaborer un document qui indique comment et où mettre les priorités (et l'argent). Il s'agit donc de réaliser une analyse SWOT (Strengths, Weaknesses, Opportunities and Threats) ou en français AFOM (Atouts, Faiblesses, Opportunités, Menaces), pour détecter donc les possibilités et faire le programme. 
Le quartier Albert se situe dans la partie topographique plus élevée de Bruxelles, près de l’Altitude Cent. Effectivement, Bruxelles n'a pas une grande différence de cote part rapport à la côte, s’élevant seulement cent mètres tout au long des 120km qui la séparent de la mer.
Mais dans la ville même, les changements de topographie sont assez brusques, créant des barrières physiques entre les différents quartiers, ce qui produit des limites sociaux associés à elles. Le cas du Canal de Bruxelles comme barrière physique mais aussi sociale est assez illustratif du cas: quasi toutes les chiffres du Monitoring indiquent une grande polarité entre un nord-ouest pauvre et un sud-est riche (grande généralité mais assez explicative). Le quartier Albert se trouverait donc dans la partie "riche" de la ville, si bien on verra en affinant l'analyse que même dans cette petite partie de la commune de Forest, il y a des différences notables que nous devrons sauver avec le programme-projet.
Pour l'instant, nous nous trouvons dans la phase d'analyse et diagnostique sur l'état existant. Vers la fin de Mai je vous raconterai le résultat et nous commencerons la phase de proposition. Il reste encore de place pour beaucoup de surprises!

6 de abril de 2012

Voyage d'étude, Allemagne

À chaque fois que je passe des mois sans écrire c'est pour la même raison: je n'ai pas arrêté de faire des choses! Aujourd'hui je vous raconte le voyage d'étude que j'ai fait avec mes étudiants de l'Académie Royale des Beaux Arts de Belgique en Allemagne.
Le gros avantage de la Belgique est le fait que, étant au cœur d'Europe, plein d'endroits intéressants se trouvent sur le chemin vers les villes plus importantes. Ainsi, dans notre voyage, nous avons fait plusieurs étapes avant d'arriver à Hambourg.

À Maastricht nous avons visité la librairie Selexyz de Merckx y Girod architectes qui occupe l'église des Dominiques. Les livres sont disposés dans une grande structure métallique de plusieurs étages qui s'insère dans le nef centrale, en profitant de toute la hauteur libre, s'approchant sans la toucher. Ce n'est pas une œuvre de mon bien aimé Carlo Scarpa... mais elle respecte beaucoup l'architecture existante, donnant l'impression qu'on pourrait tout démonter sans laisser des traces.
On aurait dû visiter aussi le Kruisherenhotel qui utilise le même principe d'insertion dans un espace ecclésial, mais nous avons eu des problèmes avec la réservation de la visite pour groupes. Je le visiterai la prochaine fois, Maastricht est tout près!

Le Centre Céramique est un bâtiment de Jo Coenen qui est resté un peu démodé. La façade est intéressante mais l'intérieur post-moderne n'a pas réveillé l’intérêt des étudiants. L'entourage du bâtiment est intéssant, surtout pour les étudiants en Design Urbain, du fait que la place créée entre la rivière, les nouvelles maisons et le musée possède des éléments de mobilier urbain très adaptés à un bon pic nic au soleil (ce que nous avons fait bien évidemment!).

La Région de la Ruhr, où se situe Essen, est la plus grande région industrielle d'Europe. Dans celle-ci nous trouvons l'ancienne mine de charbon Zollverein, patrimoine de l'UNESCO et celui de Duisburg. Nous avons visité seulement celui de Zollverein, mais j'ai tellement apprécié que il m'a suffit lui tout seul pour me remplir l'appareil photos.

Le bureau OMA de Rem Koolhas a réalisé la reconversion du site de Zollverein dans un complexe culturel qui réunit entre autres le Musée de la Rhur, le musée Red dot de Design et l'Ecole de Management et Design. Dans le premier, l'escalier rouge qui occupe le dépôt principal du bâtiment crée un effet de confusion et vertige qui te laisse agréablement étourdi pour le reste de la visite. Le musée Red dot réunit les designs primés au concours du même nom, avec des éléments ingénieux qui ont fini par devenir des classiques dans les cuisines, salles de bain ou salons, dans les revues spécialisées. De l'école de Management, réalisé par le bureau japonais SANAA, on a pu visiter seulement le rez-de-chaussée... et il est déjà vraiment impressionnant seulement avec cette partie: les énormes fenêtres carrées créent l'illusion d'un bâtiment sans dalles intermédiaires, comme s'il s'agissait d'un grand cube vide blanc.

Dans la ville d'Essen nous avons visité le musée Museo Folkwang de David Chipperfield. Je ne pense pas avoir vu une œuvre mieux exécutée que celle-ci dans toute ma vie d'architecte. Avec les autres profs, nous avons (méchamment) cherché des défauts d'exécution et nous avons trouvé seulement un: le calepinage des pierres du sol (parfait partout) n'était pas aligné à une des baies d'entrée aux toilettes. Mais le reste des détails étaient parfaits: tout était aligné et les joints entre différents matériaux étaient impeccables. Ça nous a marqué pour le reste du voyage: nous n'avons pas cessé de comparer avec.

Le Aalto Theater d'Essen est un des seuls théâtres qui prennent leur nom de l'architecte qui l'a conçu, au lieu de s'appeler en fonction de la ville ou en référence à un compositeur ou auteur. Le foyer est merveilleux, tous les détails sont très soignés et la salle encore plus. Mais le backstage est unique: il a un ascenseur pour les décors qui fait comme un bus de long et environ 8 mètres de hauteur. Vous pouvez voir d'autres photos sur mon flickr.

À Osnabrück nous avons visité le musée juif Felix Nussbaum Haus de Daniel Libeskind, très similaire à l'autre musée juif conçu par Libeskind à Berlin, mais avec plusieurs matériaux combinés au lieu d'être tout en métal. Comme à chaque fois dans ce genre de musées: l'expo passe un peu inaperçue face à l'architecture si présente.

À Bremen nous nous sommes amusés comme des gamins dans le Musée de la Science, de l'architecte Thomas Klumpp, jouant avec les inventions comme celle qui simule un tremblement de terre, ou ceux qui expliquent des phénomènes naturels comme le tonnerre. En rapport à l'architecture, c'était plus intéressant le jardin autour que le musée en forme de moule (ou de baleine...). La tout des vents offrait une vue imprenable sur les alentours, dommage qu'il faisait autant de vent pour monter! Je me suis donc amusée dans la balançoire.

À Hambourg, la première chose que nous avons visité c'est le musée Kunsthalle dont l'extension est de Mathias Ungers. Ce que j'ai aimé le plus: les tableaux plus connus de Caspar David Friedrich et l'expo temporelle de Louise Bourgeois.

Le port de Hambourg, un des plus importants d'Europe, a servi de modèle pour la construction de celui de New York. Ses bâtiments en brique rouge foncé, avec des grandes fenêtres et des poulies dans le haut de la façade pour charger la marchandise directement vers l'intérieur, sont ses traits caractéristiques.

Mais ce beau port ancien est devenu petit pour les bateaux plus grands et ils ont dû le déplacer plus vers la côte, laissant un grand terrain vague où les voitures se garaient sans problème, et où ils ont construit maintenant le quartier résidentiel HafenCity. La vue de tous ces bâtiments de logements constitue un vrai catalogue d'architecture et de matériaux de construction, et les espaces publics, conçus par mon bien aimé Miralles, donnent envie de se promener et de s'arrêter de tempe en temps admirer les bateaux et la nouvelle Philharmonique de Herzog et de Meuron (quasi finie). Comme vous voyez, il y a beaucoup à voir et à marcher à Hambourg. Mais comme dit Bernardo Secchi, "l'urbanisme se fait avec les pieds", ce qui ne veut pas dire le faire mal, mais en marchant, touchant, et tant qu'à faire, en faisant un bon pic nic.